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Après avoir exploré les pistes de la confiance en soi, je vous invite aujourd’hui au marché pour découvrir quelques étapes qui muscleront vos compétences. Parce que travailler sur les compétences alimente la confiance en soi !

La valse des apprentis volaillers

Le samedi au marché, j’aime passer devant le stand du volailler. Commerçant à l’ancienne, fort en gouaille, tonitruant et compétent, Maitre Volailler interpelle, vante et chante les promesses de ses produits.  Je tends l’oreille et mes papilles frémissent !
Côté management, le tableau est moins reluisant : je l’observe depuis des mois accompagner ses apprentis fraichement recrutés. Ils tiennent rarement plus de quinze jours.
A l’heure de pointe, en commerçant aguerri, le chef volailler sait accélérer la cadence pour limiter la file d’attente. Systématiquement, c’est le moment qu’il choisit pour mettre la pression sur l’apprenti « Accélère ! », « allez allez », « ben quoi , il te faut vingt minutes pour aplatir quatre blancs de poulet ? »
L’apprenti, dont la bonne volonté ne fait aucun doute, panique, perd pied ; sa détresse devient perceptible. Sa confiance en lui ne doit pas allez fort : l’injonction du truculent commerçant n’est jamais traduite en conseils concrets sur comment accélérer.

En effet, Maître Volailler est inconsciemment compétent : il maitrise parfaitement tous les gestes techniques mais ne sait pas les décomposer, les expliquer et donc les transmettre.
Parfois, Aurélie intervient discrètement. Volaillère dynamique, elle essaye de prendre les apprentis sous son aile protectrice. Elle explique et illustre les gestes précis : elle décompose, rassure, donne des marques d’attentions positives, encourage.
Immanquablement, l’attitude de l’apprenti se détend ; il retrouve le sourire, se concentre mieux, apprend, retient et progresse.  Ainsi il franchit les marches du podium, devient capable, sous stress,  d’aplatir l’escalope, de barder une dinde ou de préparer un poulet… Jusqu’à la prochaine estocade du chef de stand.

La semaine dernière, le jeune apprenti a juste oublié de peser mon poulet avant de le préparer. Je lui ai fait un clin d’œil : « c’est le métier qui rentre » ! Il a souri. Je me demande si je le retrouverai la semaine prochaine…

Repérer les étapes, décomposer pour monter en compétences

L’histoire de l’apprenti volailler est transposable à tous les domaines : pour monter en compétences, il faut avoir identifié des savoir-faire précis, des gestes techniques à acquérir et savoir dans quel ordre les mettre en place. Le talent des managers pédagogues est de savoir proposer une progression cohérente.
L’histoire de notre apprenti volailler est transposable dans un service comptable ou financier, dans un hôpital, dans un entrepôt, au sein d’une agence de communication ou de marketing, dans un service commercial. Seuls les savoir-faire techniques diffèrent.

En formation ou en coaching, je propose souvent à mes clients de dessiner un escalier en leur demandant dans quel ordre ils souhaitent monter les marches. Le palier, c’est la cible, la compétence à acquérir ou l’objectif. Peu de personnes savent directement se téléporter sur le palier.
Dessiner la montée des marches, c’est se poser les bonnes questions sur la façon de parvenir au palier.

La montée en compétences illustrée par Doug Neil

Monter en compétence : un exemple illustré avec la facilitation graphique

Ainsi, j’ai particulièrement apprécié la vidéo de Doug Neil, qui nous propose sa méthode pour muscler une compétence. Ici, le champ d’application est le sketchnoting ou facilitation graphique. La méthode peut être étendue à d’autres domaines.

Vidéo en anglais, 10 mn

Doug nous rappelle une règle essentielle : nous ne sommes pas obligés de progresser en permanence. Nous pouvons nous arrêter à un étage et profiter de la vue. C’est-à-dire savourer ce que nous savons déjà faire et prendre plaisir à mettre à œuvre les compétences acquises.
Je rappelle que cette étape est indispensable pour nourrir la confiance en soi !

Prendre le temps d’ancrer les compétences

Nous vivons dans une société remplie d’injonctions qui nous entraine souvent dans une course sans pause.
Prenons-nous le temps d’apprécier ces moments où nous sommes dans une zone de confort
, sans challenge, sans défi ? Faire du bon travail, mettre en œuvre une compétence en savourant la fluidité et la facilité ! Avec mon mari, nous avons une expression qui vient du monde cycliste pour ces moments-là : « profite, t’es sur le plat » .

Il y a quelques années, j’avais croisé, dans une formation sur la gestion des émotions, un manager taciturne. Il avait pété un câble après que j’ai prononcé les mots « sortir de sa zone de confort ». Il avait lancé cette tirade avec force : « putain, laissez nous tranquille avec la zone de confort !!!  Et si on a envie de rester dans notre zone de confort et de pas en sortir, hein ? Foutez nous la paix». Silence … Nous avions ensuite eu de belles occasions de travailler à partir de cet instant authentique.

Il n’avait pas tort ce manager ! La société nous pousse à progresser : toujours plus loin, toujours plus haut. Et nous en oublions de profiter,  de prendre le temps, de déguster. Nous nous épuisons et sapons les fondations de notre confiance en nous ! Pour revenir sur les pistes de ski : avez-vous pensé, sur le chemin  ou sur la montée des marches à regarder et à admirer le paysage ?
Le jeune apprenti volailler du marché a-t-il pu célébrer ses acquis et profiter d’un rôti bien ficelé ?

Évidement, le temps de délectation dépend des types de personnalités. Mais si vous faites partir des profils « besogneux » ou des « compétitifs », ceux qui veulent aller toujours plus haut sur le podium, ou si vous vous sentez le karma du « premier de la classe », pensez à faire des pauses pour profiter !

3 étapes pour muscler vos compétences

Que ça soit pour notre apprenti volailler, pour maitriser les gestes techniques de la facilitation graphique ou toute autre compétence, suivre les étapes suivantes va vous aider à ne pas vous décourager et à séquencer vos progrès.

  1. Prendre conscience des éléments nécessaires pour acquérir une compétence. Cela implique évidemment d’être consciemment incompétent, c’est-à-dire d’avoir identifié qu’il manque une partie de compétences.
  2. Pratiquer le chunking1Ce terme provient de la PNL – Programmation Neuro Linguistique- et consiste à découper en morceaux les plus petits possibles : découper les étapes de l’apprentissage en parties ou étapes simples et concrètes.
  3. Pratiquer chaque étape, plusieurs fois, pour faire entrer le savoir-faire dans le muscle

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Les propositions de ce billet s’appliquent à tous les domaines : pour construire une fusée pour aller sur la lune, pour apprendre à faire des cartes mentales, pour ranger ses affaires, pour maitriser la facilitation graphique, pour apprendre à cuisiner. Le pré-requis est qu’il faut avoir envie d’acquérir une nouvelle compétence. Se pose alors la question de la motivation …Et c’est une autre histoire !

Et surtout, sur votre chemin de musculation, n’oubliez pas de profiter !
Et vous, prenez vous le temps de faire une pause pour savourer votre « montée en compétences » ?


REMERCIEMENTS & INSPIRATION

Merci au Maitre Volailler du marché de Vincennes et à ses apprentis !

CRÉDIT IMAGE

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