Éloge des routines : des habitudes pour diminuer notre charge mentale.
Une posture pour préserver notre énergie et avancer, se mettre en mouvement !

Le précédent billet, une routine et ça repart, a suscité questions et réactions. J’y réponds aujourd’hui en vous proposant une classification des routines et un mode opératoire pour les mettre en place.

Quels types de routines avez-vous dans votre vie ?

Vous avez demandé des exemples concrets de routines, voici une tentative de classifications.
J’ai identifié quatre types de routines.

Les routines de motivation

Elles répondent au besoin de se motiver, de monter en énergie pour soutenir un engagement sur le moyen ou long terme ou pour passer à l’action :

  • Les routines sportives : la tendance est au défi 30 jours, c’est une façon d’entretenir la motivation pour démarrer une activité physique
  • Les routines de révision ou de travail (c’est mon cas lorsque j’écris : j’applique un enchaînement précis de mise en route afin d’éviter toute procrastination).
  • Les routines administratives : par exemple, je lance un pomodoro de quarante-cinq minutes pour démarrer la comptabilité ainsi qu’une musique précise : l’enchaînement précis de ces tâches soutient la motivation.

Effet anti procrastination garanti ! À vous de trouver les enchaînements qui vous conviennent avec les stimuli auditifs, visuels, olfactifs et gustatifs correspondants.
Pour ma part, une musique de fond s’associe à toutes les routines de motivation : Ennio Moricone ou Vivaldi pour les routines d’écriture, ACDC pour les routines sportives et le requiem de Mozart pour l’administratif. L’ancrage auditif induit , chez moi, la concentration. À vous de jouer pour repérer vos mécanismes !

Les routines de confort

Elles visent à économiser des décisions, diminuer le niveau de stress ou fluidifier le quotidien.

Par exemple, le confinement induit de plus en plus de réunion en ligne : j’ai mis en place série d’actions mécaniques pour enregistrer, dans mon agenda, le lien vers la réunion et les documents liés. Cela m’évite bien des agacements et réduit considérablement mon niveau de stress qui peut vite grimper dans le cas de problèmes techniques.

La plupart des routines de la vie courante entrent généralement dans cette catégorie : routines d’hygiène, routines de rangement.
Imaginez une vie dans laquelle vous ne rangeriez jamais un objet au même endroit ! Vous passeriez une partie du temps à chercher !

Les routines d’apaisement

Cette typologie entre clairement dans la catégorie des rituels : une routine à laquelle est donné un sens particulier
Indispensable dans l’enfance, elles permettent de réduire les légitimes angoisses de séparation : l’enfant est anxieux à l’idée de passer un long moment, seul, loin des figures d’attachement [un article est en préparation sur ce thème]. Le rituel, un pont vers le futur, va l’aider à passer cette difficulté, le rassurer et lui permettre de bien dormir car il a la certitude de retrouver son parent le lendemain. C’est une routine à mettre en place pour chaque enfant.
Pour les adultes, ces routines d’apaisement fonctionnent également. Face à l’incertitude, notre lot quotidien en ces temps de pandémie, reprendre la main sur nos vies, via une routine, procure un apaisement.
C’est mon cas avec le rangement qui réduit mécaniquement mon anxiété : je m’enferme dans un geste répété et mécanique qui m’autorise alors d’aller explorer les émotions et de laisser passer les vagues de colère.

Les routines de perfectionnement

Elles vous accompagnent vers l’acquisition de nouvelles compétences : la répétition et l’entraînement créent l’automatisme.
Quelques exemples :

  • Les sportifs atteignent un niveau dans leur discipline à force de répétition et d’entraînements.
  • Mon fils performe en mathématiques car il a installé des automatismes à force d’exercices et de résolution de problèmes.
  • Lorsque j’ai voulu monter en compétences sur la facilitation graphique, j’ai pratiqué cinq minutes, tous les matins, au petit-déjeuner.
  • Pour apprendre le polonais : en plus des cours, j’allais tous les jours poser une question à un commerçant et acheter un légume pour pratiquer les « rendus monnaie » (croyez-moi, apprendre les chiffres en polonais relève du cauchemar)

Progrès et montée en compétence garantis !

Je suis curieuse de découvrir vos typologies. Si vous deviez classer vos routines, quelles catégories proposeriez-vous ?

Question de routine : en avez-vous besoin ? Comment ?

Comment savoir si vous avez besoin d’une routine ?

C’est la question d’une lectrice : « mais comment savoir si je dois mettre en place une routine ou pas ? »

Pour les trois premières catégories de routine — motivation, apaisement, confort — la décision est fonction du niveau d’inconfort généré dans vos vies.
Posez -vous les questions suivantes :

  • S’agit-il d’une série d’actions récurrentes ?
  • Quelle est leur fréquence ?
  • La situation génère-t-elle une perte d’énergie anormale : fatigue mentale des microdécisions, émotions ou sensations négatives récurrentes ?

Petits exemples illustrés

Les repas en période de confinement

Au sein de mon foyer, le fait de travailler à distance induit la préparation de deux repas par jour pour quatre personnes avec des contraintes liées aux allergies alimentaires ainsi que l’absence d’agendas routiniers. Ainsi, deux fois par jour, se pose la question du quoi, quand et qui : qui est présent pour les repas ? À quelle heure doit-on lancer le service ? Quels menus choisir ? Il est légitime, en milieu ou fin de journée, après voir pris nombre de décisions professionnelles, de saturer sur ce choix supplémentaire sans grand enjeu.
Dans ce cadre précis, la mise en place d’une routine apporte un réel bénéfice. Je suis d’ailleurs en train d’y réfléchir avec un planning affiché dès le lundi présentant les horaires de chacun. Mon charmant voisin, croisé dans le local poubelle -en ce moment, on sociabilise comme on peut : il m’a vanté les mérites du batch cooking : une routine qui pourrait être mise en place le week-end et apportera un grand soulagement à notre chef cuistot !

S’habiller le matin

Si se vêtir est une détente pour certains, c’est un choix cornélien pour d’autres.
Je déteste avoir à décider, dès l’aurore, d’un sujet qui me semble si futile. Je rêve de l’uniforme du district 13 ; j’ai résolu le problème en mettant en place une garde-robe capsule1un nombre limité de pièces qui vont les unes avec les autres, des « uniformes » préétablis deux fois par an lors d’un grand tri du dressing. Je m’affranchis ainsi de cette décision et de l’effet « pff, j’ai rien à me mettre ».
J’ai compris le confort apporté par ce protocole lorsque mes fils fréquentaient des écoles internationales où l’uniforme était de mise : quel bonheur, chaque matin, de ne pas avoir à choisir des habits. Quel gain de temps et d’énergie !

Se lever et être derrière sa webcam pour un collégien

Pour certains adolescents, la perte des repères temporels s’aggrave avec la succession des confinements.
Une ancienne cliente évoquait récemment son fils : 8 h 55 dans la cuisine, le pyjama chiffonné, la tête à l’envers, les cheveux en bataille, humeur de dogue, vociférant contre la fratrie rassemblée, déjà stressé par le démarrage des cours en ligne à 9 h 00 : plus que cinq minutes pour se connecter.
Lasse de voir émerger son pitbull, la mère a imposé à l’adolescent de faire un check in, dans la cuisine, TOUS LES MATINS à 8 h 45, habillé. Elle lui a laissé la liberté de s’organiser à sa guise pour la logistique (coucher, réveil, habits). La liberté dans le cadre, ça fonctionne à tous les coups !
Et voilà notre pitbull, pas peu fier, qui se présente tous les matins au check in : le cheveu toujours en pétard mais l’humeur adoucie.
Il s’agit ici d’une routine imposée — rappel : un enfant ou un adolescent, n’a pas forcément conscience de ses besoins. C’est le rôle du parent de proposer et/ou maintenir le cadre.
Dans cet exemple, la maman s’épargne :
– plusieurs allers-retours dans la chambre de l’ado,
– l’anxiété à se dire qu’il ne sera pas connecté à temps, qu’elle recevra le fameux SMS d’absence ou de retard.
L’ado commence alors sa journée avec les compliments de sa figure maternelle qui le félicite d’être à l’heure. C’est quand même plus agréable que la palanquée de « lève-toi » !
Ainsi, la routine imposée présente parfois de vrais bénéfices cachés.

La réponse à une société trop matérielle ?

Je suis persuadée que ces nouvelles tendances comme le batch cooking, la garde-robe capsule, les routines de beauté ou de nettoyage, apparaissent en réponse à une société où les choix sont devenus trop nombreux. Dans des environnements trop chargés en matérialité, quand trop de produits cohabitent, réduire et désencombrer est une bouffée d’oxygène.

COMMENT METTRE EN PLACE UNE ROUTINE ?

Posez-vous les questions suivantes :

  • Quelles microdécisions ai-je besoin d’éliminer de mon quotidien ?
  • Quelles actions sont sources de fatigue ou de ressentis trop négatifs ?
  • Quel enchaînement ai-je besoin de mettre en place pour me ressourcer ou monter en compétence sur un domaine ?
  • Quelle est la chaîne d’actions mécaniques et répétitives à créer pour cela

Une lectrice me racontait son quotidien du confinement : 30 heures de zoom par semaine en plus des tâches habituelles à assurer, business as usual. Elle ressemble à un zombie en fin de journée.
Dans ce cas précis il y a urgence à mettre en place une routine de bien-être (ballade, exercice des yeux, respiration, etc.). N’importe quoi pour mettre en place une pause qui ressource !
Pour que la routine fonctionne, il faut ça soit inscrit en dur dans la journée : impossible d’y échapper.

***

Avant de conclure, je tiens à souligner que je n’ai jamais écrit ou sous-entendu qu’il fallait se lever à 5 heures du matin pour se livrer à ses routines ! Je crois profondément dans les vertus du sommeil et je vous déconseille cette pratique si vous êtes un gros dormeur. J’ai accompagné des personnes en état d’épuisement pour avoir suivi un certain livre à la mode sur ce thème. Méfiez-vous des modes, elles ne conviennent pas à tous.

Dans nos vies si encombrées, l’utilisation consciente de routines ouvre une fenêtre sur du temps supplémentaire : rêver, flâner, être en lien avec les autres, regarder pousser les fleurs ou des enfants… À vous de compléter la liste !
Sus à la tyrannie des microdécisions pour que germent les graines de votre créativité !

Plus l’existence personnelle se charge de matérialité, d’énergie, d’objets technicisés ou de machines, et plus l’évasion hors de la rationalité et des habitudes fixées prend de l’importance. Les routines sont l’envers de cet imaginaire ; elles sont nécessaires à l’existence comme conditions de ce qu’elles permettent aux plans temporels et spirituels. Salvador Juan

 

N’hésitez pas à partager, dans les commentaires, vos routines et leur utilité. Je pourrai ainsi mettre à jour ce billet.


REMERCIEMENTS & INSPIRATIONS :
  • Le terme « Tyrannie des petites décisions » est inspiré par  le titre du livre de Thomas Schelling publié  en 1971, PUF
  • Merci aux questions des lectrices et aux anecdotes racontées par certains !
ALLER PLUS LOIN :

– Le premier billet de cette série sur les routines

Le concept de routine dans la socio-anthropologie de la vie quotidienne par Salvador Juan

CRÉDIT IMAGE : visuel réalisé sur Canva avec une photo libre de droits de Furbymama