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Premier article d’une série sur la Parentalité, ce billet traite de la notion d’attachement, base indispensable à la construction d’un enfant/adolescent/adulte équilibré1Dans la plupart des articles de ce blog, je proposerai un double niveau de lecture pour les personnes formées au modèle de la Spirale Dynamique. Voir le pied de page n°1.

L’une des clés pour comprendre un enfant et favoriser son développement consiste à s’intéresser à la dynamique de l’attachement.
Cet article a pour but de vous présenter l’importance de l’attachement et de vous donner quelques pistes pour cultiver un lien solide et sain avec vos plus jeunes enfants.

Découvrir la notion d’attachement ?

En préambule à tous séminaires de formation, le chercheur psychologue Canadien Gordon Neufeld2Source : formations « Making Sense of Kids Level 1 and 2 » de l’institut Neufeld pose comme une évidence : le développement de l’enfant repose sur la dynamique d’attachement. Rien ne se fait hors attachement !

Selon Boris Cyrulnik3 :Source : Boris Cyrulnik , Les vilains Petits Canards ou tout autre livre du même auteur traitant de l’enfance, la mise en place d’un attachement sain dans la petite enfance est le facteur numéro Un de résilience du futur adolescent/adulte ; c’est ce qui permet à l’enfant de construire des Modes Opératoires Internes efficaces : il s’agit d’une manière préférentielle de traiter l’information et d’y répondre4Les praticiens en ennéagramme reconnaîtront dans ces MOI -Mode Opératoires Internes- les automatismes mis en place par l’ego pour fonctionner dans le monde. L’attachement constitue notre première ressource interne dans la vie, d’où l’intérêt, pour le parent, de comprendre comment il se forme et se nourrit.

Qu’est ce qu’une figure d’attachement ?

Le nourrisson n’est pas destiné à grandir seul, comme une plante par exemple. Il ne peut pas subvenir par lui-même à ses besoins primaires. Il survit parce que quelqu’un prend soin de lui, le nourrit et le protège. Parfois, cette figure n’est pas un humain, comme c’est le cas avec Mowgli. Ainsi, le tout-petit va se construire dans la relation et l’interaction à ce qui l’entoure et notamment face à cette ou ces figures, dites d’attachement.
Parfois, l’utilisation du terme « objet de relation » désigne les figures parentales.

Le premier « objet de relation » avec lequel le nourrisson interagit est une fonction nourricière : celle qui nourrit — d’un point de vue alimentaire mais aussi en amour et chaleur-, porte, réconforte. Traditionnellement, cette figure est la mère mais toute autre personne peut remplir cette fonction.
La seconde figure ou « objet de relation » est la fonction protectrice : il s’agit de celle qui protège, apport une guidance, une structure et un cadre pour évoluer et se développer. Traditionnellement, il s’agit du père, même si cette fonction peut être assumée par d’autres membres de la famille ou de l’environnement.

La théorie de l’attachement se comprend toujours en lien avec un « objet », une « figure » d’attachement qui remplit les fonctions présentées plus haut.

Les théoriciens de l’attachement

Partons à la découverte des pionniers dans la théorie de l’attachement.

Donald W. Winnicott

Donald W. Winnicott(1896-1971), pédiatre, psychiatre et psychanalyste britannique a centré ses travaux sur le « duo » mère5Tout au long de cet article, le mot « mère » est parfois utilisé pour désigner la première figure d’attachement. Cette figure peut être la mère, le père, un(e) aîné(e), un membre de la fratrie, etc : toute personne qui s’occupe de l’enfant, le nourrit et le console dans ses premiers mois. La société évolue et la ‘figure maternelle » se décline aussi au masculin-enfant dont il a étudié les relations et leurs conséquences sur le développement du nourrisson.

Winnicott est arrivé à la conclusion que l’enfant a besoin d’un environnement « suffisamment bon » pour se développer et mettre en place des Modes Opératoires Internes permettant une meilleure adaptation et résilience.

Selon Winnicott, au cours des premiers mois, c’est la mère de l’enfant qui est la mieux placée pour fournir à l’enfant cet environnement « suffisamment bon ». Attention : le terme « mère » est équivalent à « environnement » et englobe également le père ou des membres de la famille ou la nourrice.

D’après Winnicott, la figure d’attachement joue également un rôle de miroir pour l’enfant : dès les premiers mois de son développement, l’enfant perçoit son environnement comme un prolongement de lui-même. Le visage de la mère est ainsi le premier miroir de l’enfant ; il se voit en reflet dans le visage maternel (identification primaire). Par la suite, progressivement, le bébé va réaliser que sa mère est une personne séparée.

John Bowlby

Dans la lignée de Winnicott, John Bowlby (1907-1990), psychiatre et psychanalyste anglais s’intéresse aux effets pathologiques de la séparation précoce mère/enfant.

Il pose alors les bases du paradigme de l’attachement : pour connaître un développement social et émotionnel équilibré, un jeune enfant a besoin de mettre en place une relation d’attachement avec au moins une figure parentale qui prend soin de lui, avec constance et cohérence. À l’époque, les féministes protestent et s’opposent en voyant dans cette théorie une façon d’empêcher les femmes de travailler.

Pour John Bowlby l’attachement est un besoin primaire6C’est à dire un besoin qui n’est dérivé d’aucun autre besoin et également un besoin fondamental dans le développement de la personnalité. Tout comme le bébé a besoin d’être nourri pour grandir, il a également besoin de l’attachement d’un adulte afin de développer un sentiment de sécurité qui lui permettra d’explorer le monde autour de lui pour ensuite devenir autonome7[Spirale Dynamique] Ça sera la phase suivante: CP-ROUGE.

John Bowlby identifie 5 compétences permettant au bébé de s’attacher à sa mère :

  • la capacité de succion :
  • la capacité de s’accrocher (s’agripper ou étreindre)
  • la capacité de poursuite (pour amener l’enfant à sa mère)
  • la capacité de pleurer (ou crier)
  • la capacité de sourire

Selon lui, le bébé possède dès la naissance les compétences nécessaires à la mise en place des interactions avec le monde extérieur en empruntant différents canaux. Pour percevoir le monde, nous disposons de cinq canaux sensoriels (appelé en PNL8Programmation Neuro Linguistique : le VAKOG) :

  • la vue (canal visuel),
  • l’ouïe (canal auditif),
  • le kinesthésique (ce que nous ressentons physiquement -le toucher notamment- et émotionnellement),
  • l’odorat (canal olfactif)
  • et le goût (canal gustatif).

Le nourrisson va utiliser ces différents canaux pour interagir avec les figures parentales pendant la période d’attachement.
Par exemple, pendant la tétée la mère et l’enfant tendent à se regarder mutuellement (canal visuel). Le regard du bébé a des effets importants sur sa mère car il est généralement perçu comme valorisant, et il exprime les premiers sentiments d’amour.
Les cris et les pleurs du bébé incitent la maman à agir pour faire cesser l’état de détresse supposé (canal auditif). Ainsi, le nourrisson, par ses cris et ses pleurs, déclenche l’interaction et suscite la proximité de la mère.
Autre exemple : les contacts peau à peau sous forme de caresses, de baisers, de chatouillements (canal kinesthésique) vont générer une réaction de l’enfant qui va pousser la mère à poursuivre ou au contraire à stopper ses gestes.

Mary Ainsworth

Dans la lignée de John Bowlby, Mary Ainsworth développe, à partir de 1963, une procédure d’évaluation expérimentale de l’attachement des enfants. Le but de cette procédure est de décrire et de mesurer la capacité d’un enfant à utiliser la figure d’attachement comme base de sécurité en « situation étrange ». Ces études ont été menées sur des enfants de 12 à 18 mois9Voir le détail en note de pied de page . Elle conclut que le type d’attachement de l’enfant est déterminé par le style d’interaction de l’enfant avec la figure parentale, et principalement par les interactions avec la mère (ou la figure principale d’attachement). Selon que cette figure maternelle est sensible aux besoins et aux signaux de l’enfant, et y répond de manière positive, rapide et fiable ou selon qu’elle reste insensible à ces besoins et signaux ou bien qu’elle est ambivalente (alterne des démonstrations excessives d’affection et une attitude de rejet ) l’attachement sera construit différemment par l’enfant et laissera une empreinte sur ses attentes, ses comportements et sa représentation des figures parentales.

La théorie de l’attachement trouve aujourd’hui son chef de fil au Canada avec le chercheur psychologue clinicien Gordon Neufeld. Selon lui, l’attachement est un territoire vulnérable car s’attacher, c’est courir le risque de souffrir.

En fonction du style d’attachement mis en place, l’enfant sera alors considéré, dans nos sociétés modernes, comme « plus ou moins facile à vivre ». La qualité du premier attachement mis en place aura également une incidence sur la résilience future de l’individu. 

À SUIVRE : Partie 2 de l’article


NOTES

1 Dans la plupart des articles de ce blog, je proposerai un double niveau de lecture pour les personnes formées au modèle de la Spirale Dynamique et à l’ennéagramme. Cette connaissance n’est pas indispensable à la compréhension de cette série de billets, vous pouvez sauter les passages y faisant référence.
En terme de Spirale Dynamique, la notion d’attachement prend place au niveau BO-VIOLET et sera impactante sur le sentiment de sécurité/insécurité de l’adolescent/ adulte en devenir. Souvent le travail que je propose en Mentoring Parental consiste à consolider ou assainir ce niveau.

2 Source : formations « Making Sense of Kids Level 1 and 2 » de l’Institut Neufeld

3 Source : Boris Cyrulnik , Les vilains Petits Canards ou tout autre livre du même auteur traitant de l’enfance

4 Les praticiens en ennéagramme reconnaîtront dans ces MOI -Mode Opératoires Internes- les automatismes mis en place par l’ego pour fonctionner dans le monde

5 Tout au long de cet article, le mot « mère » est parfois utilisé pour désigner la première figure d’attachement. Cette figure peut être la mère, le père, un(e) aîné(e), un membre de la fratrie, etc : toute personne qui s’occupe de l’enfant, le nourrit et le console dans ses premiers mois. La société évolue et la ‘figure maternelle » se décline aussi au masculin.

6 C’est à dire un besoin qui n’est dérivé d’aucun autre besoin

7 [Spirale Dynamique] Ça sera la phase suivante: CP-ROUGE

8 Voici les styles d’attachement mis à jour par Mary Ainsworth :

  • Le style « Sécure » où l’enfant interagit facilement avec son parent et, de manière générale, son exploration est efficace et structurée. Même s’il est en détresse lors des séparations, il est réconforté au retour de son parent et  peut alors revenir à un certain niveau d’exploration et de jeu.  Lorsque le parent revient, l ‘enfant l’accueille avec plaisir et recherche sa proximité. 
  • Le style « insécure-évitant »,  ou  « anxieux évitant » où, au cours de la « situation étrange », l’enfant porte son attention principalement sur l’exploration, les jouets ou l’étrangère présente dans la pièce. Il n’engage que rarement des interactions avec son parent et paraît peu préoccupé par le départ de celui-ci dans les épisodes de séparation. Au moment des retrouvailles, il évite le parent de façon évidente.  L’enfant est donc en apparence peu perturbé par la situation : il ne manifeste pas de détresse et ne demande pas de réconfort. 
  • Le style « insécure-ambivalent »  ou « Anxieux-résistant »  ou  « Résistant-ambivalent » où l’enfant manifeste une préoccupation constante à l’égard du parent.  Les comportements d’exploration sont peu organisés et l’enfant peut montrer une certaine crainte face à l’étrangère. Ces enfants sont en détresse au moment du départ du parent et difficilement consolables lors des retrouvailles. Ils ne retournent pas au jeu de manière efficace.  L’enfant se montre alors perturbé, anxieux. Il va chercher le réconfort du parent à son retour, mais de façon ambivalente, associant agrippement et colère. « Il résiste au fait d’être consolé ». 
  • Mary Main (1990) a mis a jour une 4eme catégorie d’attachement  : le style « désorganisé-désorienté »  où l’enfant présente une difficulté pour adopter une stratégie cohérente ; il a des comportements contradictoires vis-à-vis des figures d’attachement. 

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