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Souvent en formation, j’évoque la notion de bienveillance et m’étonne de voir à quel point, elle est mal comprise, voire déformée ou dénaturée.
Pour tous ceux que j’accompagne au quotidien et pour d’autres curieux, je pose ici quelques  bases et principes pour expérimenter la posture de la bienveillance qui, loin de la facilité, demande exigence, courage sans complaisance.

La bienveillance : une notion tout-terrain

Loin d’être un effet de mode, la bienveillance est une posture au cœur de l’intelligence relationnelle 1[article à venir]. Elle demande du courage et de l’exigence.
En effet, pour beaucoup, cette notion signifie simplement être gentil et respectueux envers les autres. C’est tellement plus vaste !

Pierre angulaire, pilier de la qualité de nos relations interpersonnelles et de notre relation à nous –même, la bienveillance trouve sa place dans tous les environnements :

  • Dans le domaine du soin : les hôpitaux ou les EHPAD affichent leurs chartes de bienveillance. La capacité à tenir cette posture devient alors synonyme de comportements visant à « bien traiter » les autres. Voici un exemple  dans un centre hospitalier: Bienveillons-nous !
  • Dans le monde de l’entreprise : le management bienveillant tente de se frayer un chemin dans le champ du management par la performance et les objectifs, vecteurs de stress.
  • Dans le monde de l’enseignement : au cœur du mammouth de l’éducation nationale qui a tant du mal à bouger, cette notion prend de l’ampleur. Si vous voulez découvrir le blog d’un enseignant inspirant, unique, allez voir du côté de chez  Christian, pédagogue agile qui tient une posture bienveillante sans jamais utiliser ce mot !
  • Enfin, la parentalité positive propose également une notion de bienveillance qui est malheureusement souvent mal comprise 2(article à venir).

Partons donc poser les principes de la bienveillance.

Vers une définition de la bienveillance .

Le Larousse nous indique : « Disposition d’esprit inclinant à la compréhension, à l’indulgence envers autrui  « .
Wikipedia précise qu’il s’agit d’une «  disposition affective d’une volonté qui vise le bien et le bonheur d’autrui »

Je n’aime pas le terme indulgence car il implique de la passivité et de la complaisance qui sont à l’apposé de ma vision. En effet lorsque je présente cette notion en management ou parentalité, j’appréhende la bienveillance comme une posture, un délicat équilibre à tenir.

La bienveillance : une question de posture !

En effet, la bienveillance est une posture difficile à tenir en raison des qualités qu’elle demande : présence, authenticité, courage et exigence.

  • Être bienveillant demande d’abord une authentique et double présence :
    – une présence à l’autre : être en lien avec l’autre, concentré, attentif pour percevoir ce qui est fait, dit et parfois non-dit. Être présent aux silences. A l’ère de la distraction, cette première condition constitue un défi insurmontable pour certains. Pourtant, cette présence est nécessaire pour observer et noter les informations qui permettront ensuite de procéder à une rétroaction précise (feedback).
    – Une présence à soi pour savoir percevoir et détecter nos réactions, nos ressentis et besoins sans nous noyer dans l’autre, ses envies et vouloir à tout prix lui faire plaisir. Selon nos profils de personnalité, nous pouvons, pour diverses raisons, anesthésier ou occulter nos propres réactions.
  • Cette présence à soi va permettre un accès direct à notre authenticité : êtes connecté à notre vrai moi, affirmer nos valeurs, nos combats et ce qui est important pour nous. Être connecté à nos émotions et parfois les dévoiler … Oh que c’est difficile pour certains! Parce que la bienveillance, c’est quelque chose de vrai, de profond, loin du mielleux et du compliment lénifiant.
  • La posture de la bienveillance demande également du courage : le courage de ne pas tomber dans la facilité. Oser dire des choses parfois délicates ou difficiles à entendre, risquer d’affirmer sa divergence, se hasarder à exprimer son ressenti ou dire ses émotions, braver les conflits, dépasser la peur de mal faire, envisager d’explorer le point de vue de l’autre et parfois changer notre angle de vue et d’accepter de voir les choses différemment ….
  • Enfin, tenir une posture de bienveillance demande une exigence permanente.
    A l’heure de l’infobésité, alors que notre attention est constamment sollicitée et que notre qualité de présence vacille, l’exigence de la qualité est devenue un véritable défi. Nombreux sont ceux qui se contente d’un « good enough » dans le domaine notamment du management.  Il devient facile de tomber du côté bisounours et de balayer d’un revers de main nos exigences en matière de qualité.
    Se draper d’une cape de bienveillance implique aussi de rester exigeant : souligner ce qui est bien fait pour voir également ce qui ne va pas et qui est perfectible. En aucun cas, ce n’est un renoncement.

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Cette posture est bien plus difficile à tenir que celle de l’hostilité et de la confrontation. La bienveillance, ce n’est pas se transformer en bisounours sans caractère, chaussé de lunettes roses dans un déni absolu d’une réalité dérangeante. Certes par facilité, pour éviter le conflit, par peur et pour toute une palanquée d’autres raisons, vous pourriez le croire et adopter la posture de la complaisance. Or, bienveillance n’a jamais signifié complaisance, même si la rime est riche.

Alors pratiquez-vous la bienveillance ? Bienveillez-vous ?

 


INSPIRATION et REMERCIEMENTS

Toute ma reconnaissance à ceux que je croise, depuis des années, et auprès desquels j’ai pu observer l’authentique bienveillance. Une pensée pour mon amie Krystel, qui aujourd’hui en  gare de Bucarest, accueille, à la chaleur de son sourire et de son énergie, des réfugiés ukrainiens. Elle bienveille avec son cœur immense.

CRÉDIT IMAGE

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